150 ans du rattachement de la Savoie à la France

Aime - La basilique Saint Martin

Du point de vue extérieur :
La basilique Saint Martin est un édifice roman, qui date du début du 11ème siècle. Nous situons sa construction entre 1014 et 1019, date à laquelle elle a été consacrée. Elle est construite, à l’emplacement même d’une basilique civile romaine, puis d’une église paléochrétienne.
Il ne reste plus que la nef centrale mais nous pensons qu’au 11ème il y avait « un bas côté » de chaque côté de cette nef. Les traces d’arrachement qui se situent de part et d’autre de l’édifice ainsi qu’une insertion de toiture dans le clocher sud en sont un témoignage. Ce que nous ignorons c’est pourquoi et comment ces bas côtés ont disparus.
Tout ce que nous savons c’est qu’au 15ème siècle les arcades avaient déjà été rebouchées. Nous constatons l’utilisation de toutes sortes de pierres au niveau de la construction de cette basilique. Nous retrouvons majoritairement des galets, qui sont maçonnés en « lits horizontaux », du tuf ainsi que du marbre. Les marques carrées que nous pouvons apercevoir dans la façade sont « les trous de boulins », pièces de bois qui étaient maçonnées avec les murs et sur lesquelles reposaient les échafaudages.
Une fois la construction finie ces boulins étaient sciés. Comme l’édifice était recouvert d’enduit sur lequel était appliqué de la peinture, rien n’était perceptible.
Au fil du temps la façade s’est dégradée laissant ces boulins apparents et qui subissant les intempéries se sont désagrégés. C’est d’ailleurs en analysant les poussières de ces bois avec du carbone 14 que la datation des édifices a été réalisée. Nous distinguons des « baies en plein cintre » qui éclairent la nef. Dans l’art roman les maîtres d’œuvres n’avaient pas encore les techniques qui leur permettaient de faire de grandes ouvertures. Le chevet, qui est la partie extérieure du chœur, est typique de l’époque, d’une part par son volume imposant et d’autre part par sa forme, une abside flanquée de deux petites absidioles. Au 11ème siècle seul le petit clocheton central servait pour le rappel des heures, au 12ème siècle deux clochers ont été rajoutés.

En 1794,  lors du passage de la révolution française, la Savoie devient française, elle s’appellera le Département du Mont Blanc et portera le numéro 84. Un député de la Convention du Mont Blanc, Antoine Louis Albitte va s’acharner dans la lutte antireligieuse et par l’arrêté du 26 janvier 1794 ordonne que tous les objets religieux qui se trouvent dans les églises ou au dehors, sur les routes ou les places publiques soient sans délai ou enlevés ou anéantis. C’est ainsi que les deux clochers la basilique se verront raccourcis. Seul le clocher nord sera restauré au 20ème siècle.(photo)

Du point de vue intérieur : La nef centrale, maintenant unique, est haute. Les six arcades latérales qui communiquaient à l’origine avec les bas côtés ont été murées, de telle sorte que piliers et colonnes apparaissent comme simple supports en saillie engagés dans la paroi. Maçonnés en lits horizontaux ou parfois en arêtes de poisson, ils sont de même facture que le reste du monument. Cette nef est recouverte d’une charpente en mélèze, alors que le chœur est voûté, un arc triomphal, une voûte d’arêtes sur plan barlong et une voûte en cul de four. Les restes d’enduit nous montrent bien que l’intérieur était également peint ; un décor géométrique en ce qui concerne la nef, des scènes avec des personnages en ce qui concerne le chœur. Ces fresques datent du 12ème 13ème siècle. De part et d’autre de ce chœur se trouve une absidiole voûtée éclairée par trois baies à double ébrasement. Ces bas côtés du chœur ont possédé un autel secondaire et ont fait office de sacristie.(photo)

Au sous sol : En descendant les escaliers, nous arrivons dans la salle romaine, rectangle de 11.30 mètres de longueur sur 2.90 mètres de largeur, avec une large ouverture unique à l’Est. C’était la porte de la façade principale, dont les piédroits espacés de 2.30 mètres sont encore en place. Les dimensions de cette salle, ajouté au fait qu’Aime, Axima, était la capitale des Alpes Graies, province romaine, feraient supposer que c’était une basilique, monument public destiné à un usage administratif, judiciaire et commercial. Cet édifice est une des preuves de l’importance de l’agglomération d’Axima. Sa datation reste incertaine, mais sa construction n’a pu avoir lieu avant le début de notre ère. Les graviers et sables, qui avaient comblé ces ruines sur plusieurs mètres d’épaisseur, indiquent selon toute vraisemblance une crue catastrophique des torrents locaux, désastre qui s’est renouvelé à maintes reprises à Aime, installée sur un cône de déjection de l’Ormente. Cet espace est occupé aujourd’hui par un ensemble d’inscriptions gravées dans la pierre depuis près de 2000 ans et rassemblées ici après leur découverte à Aime ou dans les environs immédiats.

Après la chute de l’Empire et les invasions barbares, la basilique romaine, détruite, reste abandonnée pendant un temps. Pourtant, dès le début du 5ème siècle le christianisme s’est répandu en Tarentaise. Selon la tradition, Saint Jacques d’Assyrie, moine venu de l’île de Lérins, fut le premier grand missionnaire. Premier évêque de la vallée, il installa son siège à Moûtiers en 427. Aidé par son adjoint, Saint Marcel, diacre originaire d’Aime, il fit construire une église qui sanctifiait ce lieu païen et consacrait l’importance du site de l’antique Axima. La réutilisation bien visible d’une partie des matériaux romains, dont l’élévation fut arasée, facilita la construction qui fut réalisée sur un plan très simple. Son abside semi circulaire est précédée d’un chœur en trapèze. Sa nef unique, rectangulaire, mesurait 15 m sur 7.50 m. L’ensemble, chevet et murs compris devaient atteindre 23m sur 9m. Les bases du chœur et de l’abside sont visibles au-delà de la porte romaine. Cette église paléochrétienne fut détruite par un incendie. Les guerres continuelles du 10ème siècle et les nombreux passages de troupes venues combattre les Lombards peuvent expliquer la dévastation de ce monument religieux. Cet espace est resté près de 50 ans à l’abandon, quand arrivèrent les bâtisseurs de Saint Martin d’Aime, désireux de sortir de l’an Mil, de réaffirmer la présence de l’Église entre Moûtiers et le col du Petit Saint Bernard.

En empruntant les escaliers sur la gauche, nous arrivons dans la crypte semi-souterraine, dont la disposition sous le chœur surélevé reprend une tradition carolingienne. Souvenir des premières églises cachées dans les catacombes, leur fréquence autour de l’an Mil correspond à l’essor du culte des reliques. La crypte romane reproduit le plan du chevet de l’église, sous lequel elle a été établie. On y accédait autrefois par deux escaliers semi-circulaires inutilisables aujourd’hui. Quatre grosses colonnes divisent la crypte centrale en trois vaisseaux formant neuf travées voûtées en arêtes. Les voûtes sont encadrées par de forts arcs doubleaux rectangulaires et elles s’appuient aux murs par l’intermédiaire de formerets superposés en tuf. Les colonnes ont un fût cylindrique monolithe, reposant sur un socle carré et surmonté d’un chapiteau cubique décoré d’un listel gravé en demi-cercle. La crypte est éclairée par trois baies en plein cintre à double ébrasement. Une porte étroite permet de pénétrer dans les bas côtés voûtés. La crypte devait être entièrement peinte, par des fresques relatant la vie de Saint Martin, soldat de l’armée romaine qui se convertit au christianisme après avoir eu une vision du Christ et qui finit sa vie évêque de la ville de Tours.

La basilique Saint Martin faisait partie d’un prieuré des bénédictins et dépendait de Saint Michel de la Cluse en Piémont.

De nos jours cet édifice, mis en valeur par des aménagements extérieurs (photo), théâtre de verdure et des abords incitant à la flânerie, accueille des expositions très régulièrement.

Yvette Jacquier
Crédit photo: © David Schmitt /DR

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