Aime - La tour Montmayeur

Tour Montmayeur  /©David Schmitt

Tour Montmayeur /©David Schmitt

La Tour date du 12ème 13ème siècle, et appartenait aux sires Briançon Aigueblanche, vassal du Saint Empire Romain Germanique au même titre qu’Humbert 1er dit « aux blanches mains », fondateur, en l’an 1000, de la Maison de Savoie. Lui et ses successeurs vont agrandir ce Comté, par des guerres, des achats, des mariages…, qui deviendra Duché au 15ème siècle. Ils seront aussi les portiers des Alpes. Cette dynastie va régner pendant 1000 ans. Ce royaume, appelé Piémont Sardaigne, deviendra français en 1860 après un référendum.

Initialement cet édifice ne comprenait que la tour carrée, 9.50m de large sur 20 mètres de haut, qui était protégée d’une enceinte flanquée de 4 tourelles. Étant située en bas de vallée, elle verrouillait l’accès en rive gauche de l’Isère et protégeait le prieuré Saint Martin. On y rendait également la justice.

La famille des Briançon Aigueblanche n’ayant plus de descendants directs, ce sont donc les sires Montmayeur, une branche cadette, grands barons du Grésivaudan élevés à la dignité de Maréchal de Savoie, qui vont en devenir propriétaires.
Au tout début du 16ème siècle cet ensemble fut remanié par les Sires de Miolans après que le dernier des Montmayeur fut déchu de ses droits suite à une altercation entre lui et de Duc de Savoie Louis 1er, fils d’Amédée VIII. Un corps de logis, une tourelle abritant l’escalier en vis et quelques aménagements intérieurs firent de ce donjon une résidence agréable. En 1794,  lors du passage de la révolution française, la Savoie devient française, elle s’appellera le Département du Mont Blanc et portera le numéro 84. Un député de la Convention du Mont Blanc, Antoine Louis Albitte, dont le surnom était « Le Robespierre savoyard » ordonne par l’arrêté du 26 janvier 1794 que l’ensemble des clochers et des tours des villes, dépassant la hauteur des toits, soit détruit. C’est ainsi que la tour se verra raccourcie et vendue comme bien d’État. Au fil des siècles elle va se dégrader, la ville d’Aime va la racheter et la restaurer.

A la base, nous pouvons voir de fortes assises épaisses, délimitées par un chaînage d’angle, constitué de tuf et de marbre et qui va en s’amenuisant. Les murs, faits de galets, sont maçonnés en « lits horizontaux. Au sommet des corbeaux en tuf supportent des hourds en bois. L’épaisseur des murs est de 2.50 mètres à la base et 0.90 mètre au sommet.

A l’intérieur, dans le corps de logis, se trouve la salle du prétoire, dans laquelle des mannequins en habits du 15ème, par le biais d’une borne interactive, nous reconstituent une scène de justice.

Au sous-sol, après avoir emprunté les escaliers en vis, nous arrivons dans la cave qui nous livre l’histoire du vin au Moyen-Âge.

En reprenant les escaliers nous commençons l’ascension de la Tour.

Avant d’entrer dans la première salle, juste au dessus de la porte en tuf, nous apercevons la trace de la porte initiale, 12ème/13ème siècle, par laquelle les occupants accédaient à l’aide d’une échelle.

La  première salle,  dotée d’éléments de confort, fenêtres à coussièges (anciennes archères), cheminée, était destinée à être une pièce à vivre. L’escalier creusé dans l’épaisseur des murs fait partie de la construction initiale. Il prend naissance au rez-de-chaussée et conduit à l’étage supérieur. La maquette qui prône au centre, est la réplique d’une maison, qui se situe dans la Grande Rue  à Aime. La maison du bourg fait partie de l’habitat permanent de fond de vallée regroupé le long de la voie principale de communication. Souvent à vocation commerciale, elle s’insère dans un ensemble à caractère urbain fait de rues et de places. La maison développe deux niveaux, sur un rez-de-chaussée commercial. Ses deux façades opposées se distinguent nettement, l’une urbaine donnant sur la Grande Rue, l’autre rurale ouvrant au sud sur un jardin.

Au dessus, la deuxième salle avait également une fonction résidentielle pour les maîtres de ces lieux, comme le prouve le placard qui est aménagé dans le mur. L’archère, quant à elle, n’a pas été remaniée, mise à part le fait que la construction du corps de logis au 16ème siècle l’a carrément occultée. La maquette au centre est la réplique d’une maison du village de Valezan, qui se situe sur le versant du soleil à 1200 mètres d’altitude. Cette maison rurale, implantée dans la pente, est fortement marquée par l’activité agro-pastorale, et réunit sous un même toit, outre l’habitat permanent des hommes, les différentes fonctions de l’exploitation agricole, étable, grange, réserve. Sous le comble ouvert, la façade se creuse d’un renfoncement, du sol jusqu’à la galerie haute. Autour de cette cour ouverte s’ordonnent les entrées des hommes, des bêtes, des récoltes. L’habitation n’occupe que la partie avancée du bâtiment sur les deux premiers niveaux, tout le reste est utilisé en tant que réserve, grange accessible par la grande porte aménagée sur le mur pignon arrière. La couverture, en tôle, a remplacé une couverture probablement en lauzes.

Nous continuons notre ascension et nous arrivons dans la troisième salle, qui était affectée aux réserves. La maquette représente un chalet d’alpage à 2100 mètres d’altitude, qui se situe au Lavachet au dessus de Peisey Nancroix, et qui abritait un habitat saisonnier de juin à septembre. Son implantation est fonction de la montée des troupeaux en alpage. La partie habitation est très exiguë puisque temporaire. C’est dans ces petits chalets que le Beaufort, fromage français produit en Savoie, et qui bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée (AOC) depuis 1968, est fabriqué. Ce fromage au lait cru fait partie de la famille des gruyères et est surnommé « le Prince des gruyères ».

Encore un petit effort, pour atteindre l’étage intermédiaire qui était réservé aux troupes.

Un dernier escalier et vous voilà enfin arrivés au sommet de cette tour. Un panorama à 360° sur la vallée s’offre à vous.

Yvette Jacquier

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