Aime - Le musée Pierre Borrione
Le musée Pierre Borrione a été créé en 1968 par les soins du Docteur Pierre Borrione, maire d’Aime, soucieux de pouvoir conserver sur place les multiples vestiges du passé de sa ville.
La constitution de la Société d’Histoire et d’Archéologie d’Aime, sur les traces de l’Académie de la Val d’Isère, a permis dans le même temps d’approfondir l’étude locale du matériel et des monuments.
La colline Saint Sigismond dominant la cuvette d’Aime a été très tôt occupée par des hommes dont nous avons retrouvé des traces datant de 5 000 ans. Ce site a ensuite été fortifié par les Celtes Ceutrons, puis les Romains.
Une première église paléochrétienne a été érigée au 5ème siècle sur la colline, après la destruction des temples païens. Une abside demi-circulaire a été dégagée, mais on ne connaît pas la durée de son utilisation comme église mère d’Aime, laquelle porte le nom du monarque massacré en 527 à la chute du premier royaume de Bourgogne. Le site est ensuite devenu une vaste fortification médiévale. L’architecture de l’édifice chrétien a été remodelée, et, gardera, fin 17ème siècle, son aspect actuel, avec un chœur carré ouvert sur une longue nef rectangulaire et surmontée d’une voûte aux multiples bonnets incurvés.
Au-dessus de l’entrée, une tribune de bois aux poutres rainurées permettait d’accroître le nombre de places par un balcon à mi-hauteur des murs. Cette chapelle a servi d’église paroissiale et de lieu de sépulture, tant à l’intérieur de la nef, qu’aux abords immédiats des parois externes, et ce, avant le transfert du culte dans la grande église, au pied de la colline, mi 13ème siècle.
Petit à petit oubliée, de plus en plus délabrée, l’antique chapelle a finalement été désaffectée puis laissée à la commune d’Aime en 1965. Des recherches archéologiques y ont alors été entreprises après 1967. Le sol du chœur et de la nef a été excavé jusqu’au socle rocheux et des sondages furent pratiqués au nord et au sud, hors de l’édifice. (Fouille 1) (Fouille 2)
Le Musée Pierre Borrione, qui porte le nom de son fondateur et mécène, a dès l’origine, recueilli dans ses vitrines, le riche matériel provenant de son emplacement même, auquel se sont ajoutées les très nombreuses découvertes archéologiques réalisées soit à Aime, soit dans la vallée.
Depuis le Néolithique final jusqu’au 17ème siècle baroque, avec d’importantes séries d’objets gallo-romains et plusieurs collections de minéraux et de fossiles, le musée offre un ensemble varié de collections.
En entrant, et sur la droite se trouve une importante collection, de minéraux de natures et d’origines diverses. Un ensemble de plusieurs blocs, don de Madame et Monsieur Michelin, présente les belles pièces de la Tarentaise riche en métaux (fer, cuivre, amiante, titane, mercure, argent, plomb) riche également en formations cristallines de Monsieur Villien et de Madame Gimard. De plus, un grand nombre de minéraux largement extérieurs au massif alpin rappellent l’infinie diversité des concrétions géologiques, complétées par une large série de fossiles aux noms latins.
De part et d’autre de la nef, nous découvrons des sépultures gallo-romaines locales, une tombe in situe, datant du 5ème, dans laquelle deux squelettes se côtoient. Un peu plus loin, nous pouvons voir des éléments mutilés de pilastres en marbre, de tambours de colonnes et une colonnette intacte portant le numéro VII, une tombe en lauzes datant du néolithique et qui provient de la nécropole découverte à l’emplacement de la gendarmerie d’Aime. Un autel à sacrifice retravaillé dans un tombeau, de la poterie sigillée, des amphores à huile et à vin, deux pilettes d’hypocauste, supports en briques d’une dalle suspendue au-dessus d’un espace chauffé, plusieurs objets découverts dans des sépultures, des tuiles Imbrex et Tegulae et une urne funéraire reconstituée par le président de la SHAA, sont visibles au sein de ce musée étonnement riche.
Dans la partie centrale, se trouve une vitrine dans laquelle ont été déposés des éléments :
- du néolithique provenant de trois secteurs, Le Châtelard (en amont de Bourg Saint Maurice), la colline Saint Sigismond (alentours du musée) et le quartier du Replat (ouest d’Aime).
- de l’époque Gallo-romaine, une inscription sur du tuf découverte sous la nef de la chapelle et qui semble être liée à l’ouverture de la seule voie transalpine carrossable, reliant Milan à Vienne par le Val d’Aoste, le col du petit Saint Bernard et la Tarentaise. Admirons aussi, une collection de pièces de monnaies, de la céramique, des poinçons, des épingles, des petits outils sculptés dans de l’ivoire, des fibules, mosaïque qui proviennent de l’emplacement de l’école primaire d’Aime.
Dans le chœur, sous un espace vitré, un ensemble de sculptures religieuses a été déposé pour leur sauvegarde. L’art baroque a dominé la peinture, la sculpture, l’architecture de nos églises de 1680 à 1792 : colonnes torses, angelots joufflus, sont sculptés dans l’arolle ou le pin cembro, bois imputrescible et facile à travailler. Plusieurs crécelles de bois, utilisées pendant le rituel de la Semaine Sainte, sont également exposées.
Au dessus de cet ensemble, se trouve un clocher à bulbe, réplique de celui de l’église de Macôt, et qui a été réalisé par un habitant d’Aime, Monsieur Sylvain Patissier, ancien compagnon de France. Le musée présente aussi une clé de voûte armoriée de style renaissance, provenant de l’église paroissiale d’Aime rebâtie après 1675, un grand coffre à dîmes avec trois serrures.
Dans la partie supérieure de la chapelle le musée abrite, un ancien bob et une ancienne luge de compétition, tous deux utilisés à l’époque où ce sport se pratiquait sur la route, et une exposition intitulée : « Les mines de plomb argentifère de la Plagne ».
Les romains exploitaient un filon de plomb argentifère et transformaient leur production sur place pour en extraire le métal par fusion directe sur des bûchers.
Au 15ème siècle, ce sont des ingénieurs venus de Nuremberg qui reprennent cette exploitation pour le compte de la Duchesse de Savoie, Yolande de France, sœur du roi Louis IX.
En 1806, on redécouvre le filon et l’exploitation reprend. L’école des Mines avait été installée à Moûtiers par le premier empire, avec une Ecole d’Application à Peisey, où une mine était en activité depuis 1644. Les deux gisements de plomb argentifère sont exploités par la France sous la direction de Monsieur Schreiber jusqu’en 1815, puis par les Etats sardes avec le Chevalier de Rosemberg et le Baron Despine, dont on peut découvrir les portraits. Le plomb était fondu et mis en œuvre à la fonderie de Conflans, à l’entrée d’Albertville.
Yvette Jacquier Photos: ©David Schmitt / DR archivesTags associés : Aime | église paléochrétienne | Le musée Pierre Borrione | plomb argentifère | Saint Sigismond | siècle baroque | Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
